HABITAT  TRANSPORT ECOLES: IL FAUT CHANGER DE METHODE!

Alors que nous, acteurs associatifs, soulignons depuis longtemps les incohérences dans la répartition et les dysfonctionnements dans l’application des compétences relevant de la Métropole, le récent discours du Président de la République prononcé à Marseille vient conforter nos analyses. Passer outre les blocages de la Métropole, notamment sur les aspects liés à l’habitat et au logement social, est une nécessité. Mais rien ne réussira sans la pleine association des habitants aux décisions.

1/ La situation financière de la Ville vis  a vis de ses besoins en réhabilitation de l’habitat, des écoles, ainsi qu’au désenclavement des quartiers Nord par un transport en commun lourd, nécessite objectivement une aide de l’Etat central, a défaut de mécanismes de solidarité inter territoriale. 

2/ C’est cette absence de solidarité entre périphéries riches et la ville centre pauvre qui caractérise la Métropole depuis sa fondation. Elle repose, depuis l’époque de la coalition de Jean Noël Guérini au Conseil Départemental comme l’actuelle majorité de Mme Vassal, sur une affectation des ressources financières au détriment des habitants de Marseille. La redistribution a priori des 2/3 des ressources métropolitaines aux communes empêche toute politique de solidarité et investissement structurant, notamment en transport.

3/ La défaite des héritiers de Jean-Claude Gaudin aux Municipales a accentué ces distorsions: pour assurer sa ré élection à la tête de la Métropole, l’équipe de Martine Vassal a du former une coalition avec les plus riches communes (Aix, Gémenos, Istres, etc …) et les plus hostiles a des logiques de solidarité à la ville centre.

4/ Le ciment de cette coalition repose sur deux piliers:

  • le pacte budgétaire pour figer la redistribution vers ces communes (et nomination d’un aixois LR comme premier adjoint et Adjoint aux finances, avec l’appui des communes « ex PS »)
  • la mise en place de verrous pour marginaliser la nouvelle majorité du Printemps Marseillais et l’empêcher de réaliser ses engagements :
    • ◦ Verrou inter-territorial par le maintien du fonctionnement des « Conseils de Territoire » (anciennes intercommunalités) archaïques, qui devaient théoriquement disparaitre en 2020, et la nomination aux postes clés de maires de petites villes périphériques.
    • ◦ Verrous internes par la captation, par l’équipe de Martine Vassal, des principaux outils d’aménagement ( SOLEAM, AGAM, SOGIMA, SPLA IN, RTM … et offices HLM), et accord pour bloquer les outils stratégiques comme les PDU, le PLUi, le PLH .
    • ◦ Verrou consensuel: pas de pauvres et pas de logement social dans les quartiers centre et sud, ni dans la périphérie. Et pas de désenclavement pour les quartiers nord.

5/ Nous subissons aujourd’hui les conséquences du refus historique des partis de gauche de donner une légitimité politique à la Métropole par l’élection au suffrage universel direct, lorsqu’ils en avaient le pouvoir. Nous sommes donc en présence d’un syndicat de copropriété incapable de prendre des décisions stratégiques, ou prime le « chacun pour soi » paralysant. Et paralysé.

6/ Il semble que la coalition métropolitaine s’apprête à refuser « le milliard pour les transports » promis sous conditions par Macron, d’autant que celui ci a posé comme condition majeure (très justement) la priorité à un transport en commun lourd passant par les quartiers Nord. Ni les élus des quartiers sud aisés de Marseille, ni leurs alliés des communes gentrifiées périphériques n’ont d’interêt électoral à désenclaver les populations modestes des quartiers Nord. Pour eux, le « droit à la ville », c’est « chacun chez soi », et les pauvres dans leurs ghettos. C’est pourquoi ils vont refuser le « milliard » et de pair la réforme de la « gouvernance » métropolitaine.

7/ Le caractère quasi bonapartiste de la méthode Macron n’est pas notre tasse de thé. D’autant qu’il semble, en cas de blocage, menacer d’une reforme législative qui fera hurler les Maires ; surtout les maires défenseurs de la ségrégation socio spatiale au nom de leur prétendue « démocratie locale ».

Mais la ville ne peut refuser un plan d’aide massif pour les écoles, ni un investissement majeur via l’ANRU pour la résorption de l’habitat indigne. Et à bien regarder les turpitudes locales depuis 50 ans, les fonds détournés de leur finalité, voire les élus spéculateurs immobiliers, on pourrait comprendre que l’Etat central instaure une forme de curatelle, avec la mise en place des SPLA IN pour contrôler le bon usage des aides financières. Toutefois, sur la question des écoles, si un plan d’aide massif est nécessaire, il ne peut être conditionné à la libéralisation du système éducatif (à travers l’expérimentation d’un nouveau mode de recrutement des enseignants directement par les Directeurs ), avec Marseille pour laboratoire. Et quel sera le rôle de l’Etat dans la nouvelle SPLA IN en charge de la lutte contre l’habitat indigne quand on examine la constitution du Conseil d’Administration : une majorité de membres du conseil métropolitain, dans l’opposition municipale, y siège. Les mêmes qui ont conduit pendant 25 ans les politiques du logement et de l’urbanisme, déjà en partie financée par l’Etat.

8/ Il ne s’agit donc pas pour nous de passer d’une tutelle à l’autre. Il s’agit de construire des « communs » de co construire la ville avec ses habitants. Un important pas en avant a été fait avec la co construction, avec l’Etat et la majorité municipale, d’une « Charte du relogement » votée par le Conseil municipal, plus protectrice de droits pour les actuels et futurs habitants délogés.

Un petit pas aussi dans la décision de principe d’admettre la présence de représentants des habitants dans les instances de décision du Plan Partenarial d’Aménagement; quoique nous soyons surpris que la Municipalité et l’Etat aient cédé au blocage de la Métropole qui nous admet en « pointillé conditionnel ».

Alors aujourd’hui, nous, associations et acteurs sociaux , appelons à une réelle réforme des institutions pour que les institutions de première proximité aient l’espace, les compétences et les moyens de fabriquer la ville avec les habitants.

Nous revendiquons hautement le pouvoir d’agir des habitants, sa reconnaissance et l’appui à l’auto organisation citoyenne par les pouvoirs publics.

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