A Marseille, un an après : «Ni oubli ni pardon».

Par Stéphanie Harounyan, correspondante à Marseille, photos Théo Giacometti pour Libération

Quelques centaines de personnes se sont réunies ce matin rue d’Aubagne, dans le quartier Noailles à Marseille, en mémoire des huit victimes des effondrements survenus un an plus tôt.

Un grand silence a envahi la place Homère, au milieu de la rue d’Aubagne, dans le quartier Noailles. Il est 9 heures, les habitants de Marseille commémorent les huit morts emportés par l’effondrement de deux immeubles, tout près de là, un an plus tôt. La veille, les collectifs et les familles des victimes, entourés de nombreux délogés, avaient commencé leur semaine de souvenir en rebaptisant les lieux «Place du 5-Novembre-2018». Des bougies avaient été installées autour de la colonne centrale, pour veiller les morts. Ce matin, sous les yeux d’un demi-millier de personnes, huit torches ont été allumées, avant un lâcher de ballons. Puis la foule a rompu le silence en claquant des mains, scandant «ni oubli ni pardon», message inscrit sur une banderole déployée pour l’occasion.

Loin de Noailles, retranchés dans l’hôtel de ville, Jean-Claude Gaudin (LR), entouré d’élus et de la présidente (LR) de la métropole, Martine Vassal, ont eux aussi arrêté de parler en mémoire des victimes. Une minute de silence, avant que le maire ne répète que depuis un an, sa municipalité a pris «quantité de décisions sur l’habitat insalubre» pour résoudre le problème mis à jour par les effondrements. Une plaque commémorative a aussi été dévoilée, mais ne sera installée sur les lieux du drame que plus tard, les élus n’étant pas les bienvenus à Noailles en cette semaine de deuil.

5 novembre 2019 Marseille. France. Commoration des un an de l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne. La sénatrice Samia Ghali a été huée par les habitants.Photo Théo Giacometti pour Libération

«On est là pour les morts, pas pour faire de la politique !»

Tous les élus, d’ailleurs. Rue d’Aubagne, le recueillement venait à peine de se terminer quand la foule s’est emballée. Des habitants ont repéré Samia Ghali, la sénatrice ex-PS des 15e et 16arrondissements de Marseille, venue participer à l’hommage populaire comme d’autres élus – Patrick Mennucci, l’ancien maire (PS) de l’arrondissement, Benoît Payan (PS), chef de file des socialistes au conseil municipal, Sébastien Barles (EE-LV), la députée LREM Alexandra Louis… «Vous n’avez rien à faire ici !» lâche une habitante, bientôt relayée par plusieurs autres. «Je ne suis pas maire de Marseille, s’est défendue la sénatrice, qui pourrait briguer le poste dans quatre mois. Tous les jours, je me bats contre Gaudin !» «On est là pour les morts, pas pour faire de la politique !» lui renvoie une dame, alors que la foule scande «Cassez-vous ! Cassez-vous !» 

5 novembre 2019 Marseille. France. Commoration des un an de l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne. La sénatrice Samia Ghali a été huée par les habitants.La sénatrice Samia Ghali a été huée par les habitants. Photo Théo Giacometti pour Libération

Une bousculade, quelques échanges vifs, et les politiques pris à partie prennent le large. «Les immeubles sont tous pourris à Marseille, donc tous les élus doivent se sentir responsables s’ils se présentent ici, commente Fathi Bouaroua, l’ancien président régional de la Fondation Abbé-Pierre aujourd’hui militant au sein du Pacte démocratique, mouvement citoyen engagé dans la campagne municipale à gauche. Même si elle n’est pas aux affaires, elle a été élue pendant des années. Il est logique que la population s’en prenne à des élus.» Dans la foule qui se disperse, un habitant souffle : «Il y a trop de tensions ces derniers jours, c’est sorti comme ça. Bien sûr que tout est politique désormais. C’est le temps des morts, mais c’est aussi le temps où la suite se décide. Tout est lié.» Toute la semaine, les collectifs ont prévu des temps forts pour accompagner la population jusqu’à la grande manifestation de samedi, en souvenir des victimes. Elle partira à 15 heures de Notre-Dame-du-Mont, tout près de la rue d’Aubagne, et terminera sa course sur le Vieux-Port. Devant l’hôtel de ville.

5 novembre 2019 Marseille. France. Commoration des un an de l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne. La sénatrice Samia Ghali a été huée par les habitants.Photo Théo Giacometti pour Libération

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